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mercredi 30 juillet 2008 11:52

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«Wall-E», gauchiste ou patriote?

Encensé par la critique et les écologistes, le film s’attire les foudres des conservateurs.

par Philippe Grangereau

tags : politique , écologie

De notre correspondant à Washington

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Très bien reçu par la critique américaine depuis sa sortie fin juin aux Etats-Unis, Wall-E continue de rafler la mise au box-office. Au-delà des qualités artistiques qui font son succès, la ténébreuse fable écologique colle à l’humeur des Américains qui sont plus pessimistes sur leur situation économique qu’ils ne l’ont jamais été depuis un quart de siècle, si l’on en croit les dernières enquête d’opinion. En pleine campagne présidentielle, il n’est pas étonnant que la morale du film (il y a toujours une morale dans les films produits par Walt Disney) soit interprétée différemment selon les tendances politiques. Wall-E déclenche ainsi des réactions amères chez les intégristes de l’économie de marché de la frange pro-républicaine, tandis qu’elle émerveille les écologistes de tous bords, majoritaires dans la sphère démocrate.

«C’est un cours de 90 minutes sur les dangers de la consommation, des grosses corporations, et la destruction de l’environnement», houspillait fin juin le polémiste Greg Pollowitz dans le magazine conservateur National Review. «Je suis une grande fan des films de Disney-Pixar, écrit pour sa part Shannen Coffin dans la même publication, mais Wall-E n’est intéressant que si vous pensez que An inconvenient truth (Une vérité qui dérange, un film documentaire américain traitant du changement climatique réalisé par Davis Guggenheim et l’ancien vice-président démocrate Al Gore) valait un Oscar. Du début jusqu’à la fin du film, mes enfants ont été bombardés de propagande gauchiste sur la nature pernicieuse de l’humanité». Et d’ironiser sur «le fait que Disney et Pixar peuvent gagner des dizaines de millions en nous accusant de tous les maux. Certes l’humanité est sans espoir... mais par ici la monnaie!»

Le débat partisan autour de ce dessin animé de science-fiction est, pour certains, presque aussi passionné que celui qu’a suscité, dans les années 30, la publication du roman d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes. Plusieurs commentateurs de droite poussent plus loin encore cet exégèse puérile en soutenant que Wall-E leur donne raison. «Il est clair dans le film, que les multinationales ne sont pas les seuls responsables du consumérisme de masse, mais que la mainmise de l’Etat est aussi à la source de ce mal, n’a pas peur d’écrire Robert Ford, un éditorialiste républicain. Le gouvernement a imposé à ses citoyens tout ce dont ils avaient à priori besoin, et c’est ce manque de variété qui a conduit à l’annihilation de la planète.»

«Quand les temps sont difficiles, les Américains vont ont cinéma», remarque avec justesse l’éditorialiste du New York Times Frank Rich, qui estime que Wall-E pourrait toucher davantage de spectateurs que le film de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, car, dit-il «il est en phase avec les problèmes que traversent les Etats-Unis». En se moquant du candidat républicain qui a admis récemment qu’il ne savait pas se servir d’un ordinateur, il suggère que ce handicap est la marque d’une «inflexibilité intellectuelle» à même de précipiter les Etats-Unis vers la catastrophe prophétisée par Wall-E. «On devrait obliger M. McCain à voir Wall-E pour qu’il comprenne combien son point de vue est éloigné d’une réalité économique pour laquelle les remèdes qu’il propose (en baissant les impôts des riches, comme George W. Bush) seront impuissants.» Il serait aussi salutaire pour son rival, Barack Obama, d’aller s’asseoir au cinéma, préconise Frank Rich, pour lui rappeler qu’à force de compromis, le candidat démocrate est en train d’abandonner sa «vision audacieuse de changement» dans le but d’attirer les voix des conservateurs. Sans rire, l’éditorialiste pare ce film de Walt Disney d’extraordinaires vertus morales en déplorant que «ce robot de dessin animé respire l’idéal patriotique américain avec davantage de conviction que les deux hommes qui pourraient bientôt être président».

Alors, à quand un symposium sur les enseignements politiques de Wall-E? Le cinéma américain exerce décidément une étonnante influence sur le débat politique. Mais ni Pixar ni Disney n’ont sans doute anticipé que leur dessin animé engendre une ratatouille d’opinions aussi salées.


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