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lundi 19 mars 2007 12:04

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Web 2.0 : le règne de l’individualisme social

A vocation sociale, l’outil formidable de savoir peut parfois confiner à l’indigence collective.

par Didier Heiderich

tags : communauté , web 2.0 , réseau social , tags

CC live’IT

Didier Heiderich consultant en communication, enseigne les stratégies d’influence sur Internet dans plusieurs écoles et universités. Auteur de Rumeur sur Internet. Comprendre, anticiper et gérer une cybercrise, éd. Village mondial (2004).

Au commencement, il n’y avait que le substrat et une idée : celle du partage. Car au commencement, Internet a toujours été social, n’en déplaise aux aficionados du Web 2.0. Portée par le souffle libertaire de brillants universitaires californiens dans les années 70, cette sublime idée de partage nous fut soufflée dans les années 90. Passée une phase d’expérimentation, nous allions nous en saisir et du souffle naquit l’intelligence collective. La structure de la société en fut ébranlée jusque dans ses fondements. Déboulonnage de l’échelle pyramidale, déverrouillage des savoirs, bouillonnement intellectuel : Internet nous a réservé et nous réservera encore de magnifiques surprises, au-delà de ce que notre imagination individuelle peut concevoir. Michel Serres le déclarait dès 1997 ­ « La nouveauté, c’est la disparition de la concentration du savoir », bien avant que nous ne feignions de le découvrir sous l’appellation 2.0. Mais, pour le découvrir, encore fallait-il le désapprendre. Et cette capacité nouvelle à désapprendre semble appartenir également au réseau : hypercompétition oblige, seule la nouveauté compte, alors faisons semblant de réinventer chaque jour le cybermonde, au risque d’en être banni. C’est ici que commence la décadence numérique.

L’Internet social, aujourd’hui, semble s’être mué progressivement en individualisme social. Manuel Castells nous avait prévenus dès 2002 en évoquant une « pratique sociale centrée sur l’individu ». Même si les histoires collectives sont nombreuses et les contre-exemples innombrables, l’explosion du nombre de blogs démontre la tentation narcissique qui règne sur le réseau, avec pour miroir le compteur des liens, des commentaires et des votes. Les YouTube (slogan : « Broadcast Yourself »), Digg (« User-powered content »), Viadeo (« Gain more visibility ») et autres Flickr ne sont-ils pas finalement des accélérateurs de compétition autant que des sphères de partage ? Dans le cyberespace comme dans la société ultralibérale, l’individu (l’être) se fond dans la fonction. Dans la société ultralibérale, l’individu existe par les flux qu’il est capable de produire, les flux qu’il gère et ceux qu’il peut consommer. L’univers numérique n’est pas très loin de ce fonctionnement. Pour exister, l’individu numérique, tyrannisé par le temps, doit produire, consommer et relayer de l’information. Il lui semble d’ailleurs que le temps pendant lequel il ne produit ni n’absorbe aucune information sera décompté de son capital social. Le syncrétisme « urgence-omniprésence » l’oblige à tout savoir, à tout commenter, à tout noter, à répondre à toutes les sollicitations, à avoir toujours raison, tout de suite. Impossible pour un individu normalement constitué de répondre à des contraintes aussi fortes. Certains abandonnent, d’autres s’acharnent, avec le « clic de plus » pour seul espoir de remplir leur fonction de producteur d’information, et en définitive leur existence subalternisée. C’est alors que la misère numérique s’installe, l’addiction aussi : combien d’individus normalement constitués, brillants, cultivés, sombrent dans le commentaire futile, propagent une rumeur sans en avoir vérifié le fondement, votent contre un article sans l’avoir lu, répondent à un mail en omettant la courtoisie la plus élémentaire ?

Oui, il faut célébrer Internet et son incroyable capacité à sublimer les savoirs, à faire surgir des idées nouvelles, à nous faire découvrir de magnifiques talents qui auraient été écrasés par le mastodonte hiérarchique. « Le pouvoir est aux individus ! », « capital social ! » s’exclament les tenants du Web 2.0, oubliant que ce fut toujours le cas depuis qu’Internet existe. Mais j’ai plutôt le sentiment que la sphère 2.0 confine plus souvent à l’indigence collective qu’à l’intelligence. Peut-être est-ce simplement une mauvaise passe ? Je pense que oui, car l’intelligence du réseau a toujours démontré que, pendant qu’une idée s’institutionnalise sur Internet, quelque chose de véritablement nouveau est déjà en train de germer. Car tout reste à inventer : et nous avons la chance de vivre cette invention, voire de participer à sa réalisation. Encore faut-il résister à la tentation de l’urgence. Time Magazine a nommé chacun d’entre nous « personnalité de l’année 2006 », alors gardons le pouvoir.


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  • Web 2.0 : le règne de l’individualisme social

    6 avril 2007 16:10, par mystic
    pfffff le web 2.0 c’est dépassé ! et en plus c’est ringard.
  • Web 2.0 : le règne de l’individualisme social

    4 avril 2007 13:51, par itune
    je n’ai pas l’impression que ce monsieur "l’auteur" a bien suivit l’evolution d’internet depuis le debut.......
    • Web 2.0 : le règne de l’individualisme social 12 mai 2007 14:45, par Marc-Henry Matheus
      C’est curieux mais votre message est la démonstration du fondement de l’article : le commentaire épidermique n’ajoute rien au débat, votre critique globale n’est ne trouve d’aucune argumentation, votre pseudo est une marque et l’ensemble est jeté sur la l’océan du web comme une bouteille vide de sens. Fabuleux artefact de l’internet 2.0...
  • Web 2.0 : le règne de l’individualisme social

    27 mars 2007 17:46, par david

    Je trouve cet article très intéressant.

    Je travaille sur un site web canadien dont on peut dire qu’il appartient à la sphère du web 2.0 mais qui à mon sens repose sur les valeurs de partage et de découverte. Je vous encourage à y faire un tour ! www.muvmedia.com

  • Web 2.0 : le règne de l’individualisme social

    20 mars 2007 17:24, par patrick
    il suffit de voir (lire serait un bien grand mot ) le blog trés "web2.0 pour pas dire 3.0" d’un certain LLM pour faire sienne cette phrase "Mais j’ai plutôt le sentiment que la sphère 2.0 confine plus souvent à l’indigence collective qu’à l’intelligence." ...
  • Web 2.0 : le règne de l’individualisme social

    20 mars 2007 09:03, par florence meichel

    Bonjour

    Je suis assez d’accord avec la réaction d’Alexis Mons...Il me semble aujourd’hui que le concept d’intelligence collective n’est plus pertinent, je préfère parler d’intelligence globale http://florencemeichel.blogspot.com/2007/01/la-rationalisation-de-lintelligence.html

    A lire aussi : "Les uns avec les autres" - Quand l’individualisme crée du lien de François de Singly Le réenchantement du monde de Michel Maffesoli

    Bonne journée à tous !

  • Web 2.0 : le règne de l’individualisme social

    19 mars 2007 21:22, par Alexis MONS
    Que le web cristallise l’image d’une société individualiste, l’oeil rivée sur le déluge continu d’informations, rien de nouveau, sauf évidemment dans la capacité à contribuer au déluge. Tout cela nous renvoie à quelques considération sur l’intelligence collective et certains pensent charges de Jaron Lanier l’année dernière. Ce n’est pas faux, mais je pense pour ma part qu’on a tort de vouloir trop généraliser. Le web est multiple et les blogosphères aussi. Il y a des lieux de vraie création et puis la grande masse, où il ne s’agit pas de créer du contenu, mais d’injecter du (son) contenu comme carburant social, dans d’autres formes d’entretiens des proximités (cf les études sur MySpace notamment) et l’entretien d’une notoriété nouvelle qui, si elle flatte l’égo, est aussi facteur de réussite. Ne confondons pas bourdonnement social et création. Pour le reste, oui, le web 2 nous rapproche de l’idéal originel du net, mais il y a encore du chemin à faire et il le fait très bien tout seul.

 

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