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lundi 1er septembre 2008 08:04

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Web-dirigeants cherchent alternative au PSG

Arrivée en France du modèle des socios espagnols, ces supporters propriétaires de club qui élisent les dirigeants en fonction d’un projet sportif et financier.

par Pierre Demoux

tags : sports , économie

Sur le papier, le projet est simple : prendre un modeste club de CFA (la cinquième division française), en l’occurrence l’UJA Alfortville, attirer quelques dizaines de milliers de supporters en les associant aux décisions du club et faire grimper le tout jusqu’en Ligue 1 dans les cinq ans à venir. Et, accessoirement, occuper la place de deuxième grand club parisien aux côtés du Paris-Saint-Germain, rôle maudit qui a provoqué une méchante dépression, souvent accompagnée de troubles financiers, à tous ceux qui ont voulu l’interpréter ces trente dernières années : Matra Racing, Paris FC, Red Star etc.

Justement, l’homme derrière le pari de l’UJA Alfortville, renommée UJA Paris, s’y connaît en clubs parisiens : Michel Moulin est un ancien dirigeant du Red Star et fut, en fin de saison dernière, éphémère « conseiller sportif » du PSG, dont il visait la présidence. « J’aimerais transformer la recette du Stade français de Max Guazzini au foot », affirme le fondateur de Paru Vendu, qui a déjà réussi à attirer quelques gros poissons - Suez, Partouche, RMC… - et s’est adjoint les services d’un site web (wehaveadream.com) et d’une agence de communication. Reste à remplir l’objectif affiché de 20 000 abonnés d’ici décembre (ils sont 800 pour l’instant). Pour les conconvaincre, l’UJA leur propose, moyennant 20 euros, « de posséder une part du club, d’avoir un représentant au conseil d’administration et un rôle consultatif sur les grandes décisions », dixit Michel Moulin. En clair, il s’agit d’appliquer le modèle, inédit en France, des socios espagnols, ces supporters propriétaires de club (Barcelone, Real Madrid) qui élisent les dirigeants en fonction d’un projet sportif et financier.

« Sauf que l’UJA ne propose pas un club de socios, juste un abonnement amélioré », balance Walid Benothman, irrité par « l’opportunisme de Moulin » : « Il a d’abord voulu s’associer avec nous mais on ne voulait pas de lui, alors il a copié. » Avec quatre amis, ce trentenaire a lancé, « il y a deux ans et demi », Cmonclubdefoot, un site web qui propose aux internautes de « racheter un club et de leur en donner les clés. Ils définiront les orientations budgétaires, donneront leur avis sur les choix sportifs. » Prix de cette OPA footbalistique : 50 euros la part. Nombre d’adhérents : plus de 2 000 fin mai - « on ne révèle pas le chiffre actuel pour ne pas fausser les négociations avec les clubs ». Le Red Star (CFA), Moissy-Cramayel (CFA), le Racing Club de France 92 (CFA), le FC Saint-Lô (DH) et Noisy-le-Sec (CFA) ont été désignés comme cibles prioritaires d’un projet qui ambitionne la Ligue 1 dans dix ans. « Aujourd’hui, on est une dizaine à travailler à plein-temps, explique Walid Benothman, à rencontrer la Fédération, la Ligue, la DNCG, des cabinets d’avocats, négocier avec des partenaires. On peut déjà annoncer que Dailymotion diffusera nos matches. »

Mais un troisième larron est aussi dans la course. « Mais nous, nous n’avons pas les moyens de faire des campagnes de pub ni d’engager dix personnes à temps plein », regrette Julien Tinel, consultant dans une agence de communication et membre du trio fondateur de Paris Banlieue Sud, PBS, qui se revendique comme « la seule copie conforme des socios espagnols ». Pour 30 euros, les supporters internautes sont appelés à mettre sur pied le deuxième grand club parisien dans le sud de l’Ile-de-France. « On veut donner le pouvoir aux fans », explique Julien Tinel, qui discute avec « plusieurs joueurs professionnels, un grand entraîneur et un mécène. » PBS a des vues sur quatre clubs, « entre la DH et le CFA », et vise les 7 000 abonnés avant janvier.

L’inspirateur de ces web-dirigeants s’appelle Will Brooks, un Anglais de 38 ans, fondateur de Myfootballclub. En novembre 2007, cet ancien journaliste avait convaincu 27 000 internautes de verser 35 livres (45 euros) chacun pour racheter un club anglais de cinquième zone. Sur le principe d’un membre égale une voix, chaque adhérent vote pour la composition d’équipe, la tactique, les orientations budgétaires ou le choix des dirigeants. Surfant sur le succès de Football Manager, un jeu vidéo qui s’écoule par millions d’exemplaires, l’idée a traversé le monde. « Les supporters ne sont pas aussi stupides que les dirigeants de club le pensent », affirme Will Brooks. La preuve : un ersatz israélien du Ebbsfleet United, l’Hapoel Kiryat Shalom, a dû faire face à des fans d’équipes adverses qui s’étaient abonnés au club et votaient pour que les meilleurs joueurs de l’équipe ne soient pas alignés.


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