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lundi 6 décembre 2010 12:07

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Web français : la fuite des serveurs

par Catherine Maussion

tags : e-commerce , économie

Centre d’opération eBay à San Jose (Californie), juin 2006. Photo Marcio José Sanchez et Christophe Maout

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Le bon coin, SeLoger, PriceMinister & Meetic

Quatre success story du Web français parties chercher les moyens de leur développement en dehors de France.

Seloger.com va-t-il tomber dans les filets du géant de l’édition, l’Allemand Axel Springer ? Après Leboncoin.fr, passé mi-septembre sous le pavillon du norvégien Schibsted (propriétaire de 20 minutes), ou encore PriceMinister, « l’eBay français » avalé par le japonais Rakuten, c’est la troisième success story du Web français partie chercher les moyens de son développement en dehors de France. En attendant Meetic, le leader en ligne de la rencontre dont le fondateur est en quête d’un acheteur pour ses parts (23%)… Frilosité des sociétés et des fonds d’investissement français, ou mise à mal des rêves de « patriotisme économique » ? La série fait en tout cas grincer des dents à l’heure où le gouvernement se targue de vouloir favoriser la consolidation de « champions » made in France.

Les fondateurs de Seloger, Amal Amar et Denys Chalumeau, avaient cru bien faire en négociant avec Springer, début septembre, la vente des 10% d’actions qu’ils détenaient encore. Au point que l’OPA que s’apprête à lancer l’éditeur allemand pour conforter son contrôle s’avère incertaine. Mais les cris d’orfraie des actionnaires minoritaires — au premier rang desquels Bernard Arnault et ses 9% — vont-ils infléchir la transaction ? Jean-Marc Patouillaud, l’un des associés de Partnech International, parmi les leaders du capital-risque, évite de s’emballer. « Les frontières pertinentes dans le monde du commerce en ligne ne s’arrêtent pas en France. Regardez Meetic, présent sur tous les continents. Jusqu’en Chine ! » Ce spécialiste déplore néanmoins que les grands groupes français manquent d’appétit. De fait, depuis que Lagardère Interactive a racheté Doctissimo (le site de conseil médical), début 2008, pour 70 millions d’euros, les emplettes franco-françaises ont disparu. « Certes, les sociétés susceptibles d’acheter sont moins nombreuses en France, mais quand il leur arrive de gratter leurs fonds de poches, elles n’offrent que des pièces jaunes », constate Patouillaud. Des candidats français existaient bien pour racheter ses parts à Pierre Kosciusko-Morizet, fondateur de PriceMinister, mais « personne n’a pu s’aligner sur la tirelire du japonais Rakuten » — 200 millions d’euros. Et puis « pourquoi Orange, SFR, Bouygues (TF1), M6, qui ont les moyens, sont-elles absentes du jeu ? » interroge-t-il.

La conjoncture n’aide pas non plus les financiers traditionnels (banques, mutuelles, assureurs, investisseurs institutionnels) à s’engager. « On les sent assez tétanisés », remarque un gérant de fonds. La mollesse de la croissance française fait-elle craindre des retours sur investissement moins juteux ? Pas sûr. « En France, on préfère le spéculatif façon Kerviel à la petite pousse prometteuse, juge Olivier Sichel, chez Sofinnova Partners, première société française de capital-risque. Ici, les investisseurs sont obnubilés par le court terme, fascinés par le “high frequency trading”. Ils n’aiment pas les emplois longs. » Quand Sofinnova Partners mise sur une société internet à la technologie prometteuse, « 80% de l’argent investi vient d’investisseurs étrangers »…

Le salut ne passe pas non plus par une entrée en Bourse, autre façon de lever des fonds. Les marchés valorisent assez mal ces sociétés-là. « J’y ai songé, confie d’ailleurs le patron de PriceMinister, mais ce n’était pas le bon moment. » D’autres investisseurs, étrangers ceux-là, savent apprécier les futures pépites…

Point commun entre Streamezzo (moteur de recherche de dernière génération), Sensitive Object (qui rend n’importe quelle surface tactile), Sprice (comparateur surpuissant) ou encore Emailvision (marketing par mail) : ces quatre Frenchies bourrés de brevets ont tous été vendus à des sociétés ou des fonds d’investissement américains. « Eux sont capables de prendre le risque de la croissance. Peut-être avons-nous en France un problème de génération ? » avance Sichel.

Faut-il s’en consoler ? Hier, les 3 Suisses ont acquis 43% du capital d’Happytime, petite agence de produits d’évasion et de loisirs…

Paru dans Libération du 3 décembre 2010


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