jeudi 11 janvier 2007 16:43
Wii, à la limite du cri
par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)
tag : Professeur Scrine
©Yann Valeani
Toutes les deux semaines, en alternance avec Miss Gloss, retrouvez les précisions linguistiques du Professeur Scrine.
Alors que le jogging Détalons que vous avez eu à Noël vous colle à la peau, on me demande encore – plus ou moins ouvertement, il est vrai, des précisions linguistiques : « Ma voisine hurle des ouiiiii depuis qu’elle est rentrée de vacances, dois-je y voir une ouverture ? » (Fredo Siricky, surfeur pourvu). « Une bien bonne pour vous, Professeur, vous m’direz c’que vous en direz : Mii, ma mie est tellement mimi que quand elle mictionne je m’étonne. » (Patrick S., homme à blagues). Avant de trancher dans le comique, je vous souhaite à tous une année 2.007 bondienne, tout en vodkatini, Aston Martin DB5 et doigts d’or. Le courrier que j’ai reçu ces derniers jours témoigne – comme Patrick, d’une période des fêtes parfois difficile à vivre (cadeaux décevants, vomissements en série, et dinde toujours trop sèche). Dans son traîneau de crédits à la consommation, la carte Bleue de Noël a apporté comme chaque année, son lot de nouveautés technologiques – tout ce qu’il faut pour surfer, écouter, regarder, jouer. Et cette dernière rubrique vous a particulièrement séduit : vous qui n’étiez jusqu’alors pas « guémeur » pour un sou, vous avez découvert (avec votre petit cousin, votre voisin, votre perlimpinpin), qu’on ne doit pas nécessairement ressembler à une flaque à bras pour s’amuser de ces choses électroniques. Rewinons un petit coup, disons, au 25 décembre, et vous voici la tête encore plantée d’une hache chaï-nineguienne, tâtonnant entre café et bloody-mary, avec « ce petit con » qui hurle qu’il veut brancher son jeu, qu’il n’y comprend rien, etc. Et vous, in petto : « T’as de la chance que la hache soit dans ma tête, morbac. » Mais ce qui vous exaspère par-dessus tout, c’est cette manière qu’a Morbac de hurler des « wiiii ». L’équation « cri du morpion égale nom de la console » met un moment à se poser, mais une fois en place, vous saisissez plusieurs choses (preuve que le bloody-mary, avec modération, n’est pas totalement inefficace) : 1) Nintendo a frappé fort particulièrement dans la forme. Cette console révolutionnaire vous sort de l’état préhistorique de joueur avachi comme la cueillette, jadis, avait verticalisé homo erectus ; 2) Nintendo a frappé doublement fort car, au lieu de fournir clé en main un concept en nommant sa console Revolution ainsi que prévu, il insuffle un parfum de nouveauté radicale avec un nom de baptême inattendu. Marre à bout plus loin (et quelques verres aussi), voici ce que vous avez conclu. Traditionnellement, les noms de consoles (Megadrive, Sega Master System 2, PSP, Xbox, etc.) renvoient à un monde qui se voudrait encore border, en marge, politiquement contre (l’autorité, le monde ce salaud, etc.). En flattant le gamer dans ce qu’il a de plus adolescent, les firmes de jeux se sont jusqu’ici cantonnées à un petit créneau qui ne reflète en rien les réalités du marché. Nintendo nomme sa console Wii, et le jeu sort de son microcosme supposé devenant un produit de salon, accessible à tous, ludique pour tous. Commercialement parlant, ça a de la gueule. Monosyllabique, à la limite du cri (comme nous l’ont fait remarquer Fredo et Morbac), facile à retenir, Wii a en plus cette connotation joyeuse du son « i ». Je vous passe l’habileté homophonique en langues anglaise et française (qui touche un paquet de joueurs potentiels) pour bifurquer sur les néologismes. On en trouve de toutes sortes, dans toutes les langues, preuve, s’il en fallait encore, que le nom est particulièrement bien choisi puisqu’il est adopté, modelé, intégré. Parmi les officiels, la Wiimote (la « télécommande ») ; parmi les officieux français, on parle de wiistes à propos des joueurs, ou de « twiiks et astuces ». Enfin, parce que l’ère est à l’individu se représentant dans son univers, la Wii donne la possibilité à chacun de créer un avatar appelé un Mii. De sorte que se wiisant de conserve, on finit bien vite par se miiser, avec, parait-il un certain plaisir – dixit ma camarade de jeu Miss Gloss : « Comme j’aimerais me miiser si nous décidions vous et moi à wiiser. » Hum, hum. Vous voilà prévenus. Bonne semaine sur vos écrans.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:
Professeur Scrine - Professeur Scrine : chacun tire le geek à soi


