mardi 30 août 2011 18:43
WikiLeaks : les câbles en fuite
par Julien Pépinot
tags : hacktivisme , sécurité , WikiLeaks
Il est connu sous le petit sobriquet de « cables.csv ». Ce fichier crypté de 1,73 gigaoctets, regroupant les 250 000 câbles diplomatiques américains en possession de WikiLeaks, crée la tempête dans le sillage de l’organisation. C’est Steffen Kraft, rédacteur au journal allemand Der Freitag, qui aurait eu accès au dossier confidentiel après avoir mis la main sur le mot de passe le protégeant, rapporte le site Wired. Problème : contrairement aux documents mis à disposition par WikiLeaks sur son site, ceux-ci sont dans leur version brute et comportent les noms normalement cachés. L’identité des informateurs de Julian Assange se retrouvent par conséquent à disposition sur Internet. Le quotidien Der Spiegel confirme l’information, ajoutant que ces câbles non censurés avaient été cachés par Julian Assange dans une partie du serveur de WikiLeaks où personne n’était censé les trouver. Le même Assange aurait donné le mot de passe permettant de lire ces documents à un contact extérieur. Mais comment le fichier et le mot de passe se sont retrouvés sur Internet ? C’est apparemment le résultat involontaire de la querelle opposant Julian Assange à son ancien bras droit, Daniel Domscheit-Berg. On se rappelle que l’Allemand — déjà au centre d’une précédente polémique — a emporté avec lui l’ensemble des documents contenus dans les serveurs de l’organisation lorsqu’il a claqué la porte de WikiLeaks pour créer le rival OpenLeaks, l’année dernière. Parmi eux, ce fameux dossier crypté. Daniel Domscheit-Berg a néanmoins rendu une partie de ces documents à leur propriétaire au mois de décembre dernier. Mais dans cette pagaille, les collaborateurs de WikiLeaks ne se sont pas aperçus de la présence du dossier « cables.csv », caché dans des documents qu’ils mettaient en ligne. Selon Herbert Snorrason, un ancien collaborateur de Julian Assange parti rejoindre OpenLeaks l’année dernière, le mot de passe se serait aussi retrouvé dans la nature par inadvertance. Si Snorrason assure que la personne coupable n’appartient ni à WikiLeaks, ni à OpenLeaks, il n’a pas livré de détails supplémentaires, de peur de donner des éléments permettant de trouver facilement le mot de passe sur la Toile. Le mot de passe et le dossier contenant les 250 000 câbles, accessibles depuis le début de l’année, n’ont été trouvé que récemment. Der Spiegel émet l’hypothèse que quelqu’un lié à OpenLeaks aurait vendu la mèche aux médias. L’objectif : fournir la preuve que WikiLeaks est incapable de protéger les documents en sa possession. Ce n’est pas la première fois que WikiLeaks est victime d’une fuite. L’année dernière déjà, alors que l’organisation et les rédactions partenaires préparaient la publication des câbles diplomatiques, un collaborateur de l’organisation avait donné l’ensemble des documents à une reporter freelance, Heather Brooke. Le quotidien anglais The Guardian avait du intervenir auprès de la journaliste pour s’assurer qu’elle n’en révélerait aucun détail. L’organisation avait aussi été épinglée lors de la publication de ses documents sur la guerre en Afghanistan. Le nom des civils collaborant avec l’armée américaine avait été laissé, mettant leur vie en danger. Reporters sans Frontières avait même adressé une lettre à Julian Assange, dénonçant son « incroyable irresponsabilité ». Visiblement imperturbable, l’organisation a lâché un tweet assurant qu’il n’y avait pas de fuites. Pourtant le bateau WikiLeaks semble prendre l’eau de toute part. Julian Assange, en bon capitaine, reste à bord, mais pourrait bien couler avec son navire s’il ne colmate pas les brèches très rapidement.
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