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vendredi 3 décembre 2010 18:34

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Expulser WikiLeaks, c’est pas gagné

par Erwan Cario

tags : hébergeur , WikiLeaks

Montage à partir du logo de Wikileaks

Pour son grand retour en charge de l’économie numérique (qui est maintenant dépendante du ministère de l’Industrie), Eric Besson joue la continuité avec son précédent poste ministériel et demande l’expulsion d’un site web du territoire français. Et pas n’importe lequel. A peine a-t-on appris que le site phare du moment, WikiLeaks, avait trouvé refuge chez l’hébergeur français Ovh (après avoir été chassé des serveurs d’Amazon basés aux Etats-Unis), que le ministre s’est empressé de demander au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET) de mettre un terme à cette situation. La missive du ministre est lapidaire : « Cette situation n’est pas acceptable. La France ne peut héberger des sites internet qui violent ainsi le secret des relations diplomatiques et mettent en danger des personnes protégées par le secret diplomatique. [...] On ne peut héberger des sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d’autres Etats en raison d’atteintes qu’ils portent à leurs droits fondamentaux ».

L’hébergeur, basé à Roubaix, n’a pas tardé à réagir par une lettre signée de son fondateur, Octave Klaba. « L’histoire est banale et quotidienne, écrit-il. Le système est totalement automatique et fonctionne 24 heures sur 24. Nous avons découvert comme vous tous que ce site est chez nous hier... dans la presse. » Suite aux « pressions », Ovh a décidé de saisir le juge des référés « afin qu’il se prononce sur la légalité ou pas de ce site sur le territoire français », rappelant, à cette occasion, que « ce n’est pas au monde politique ni à Ovh de demander ou décider la fermeture ou pas d’un site mais à la justice ».

Dans son texte, Octave Klaba explique aussi que dans ce cas précis, Ovh n’est pas officiellement l’hébergeur de WikiLeaks, mais juste « le prestataire technique de la solution technique que le client a demandé ». C’est qu’aujourd’hui, pour disposer d’un serveur apte à héberger un gros site web, rien de plus simple. Tout se déroule en ligne, du choix de l’ordinateur qui va accueillir le site au paiement par carte bancaire. C’est d’ailleurs comme ça qu’un mastodonte comme Amazon s’est retrouvé lié à l’histoire. Car le site de vente en ligne fait aujourd’hui une partie non négligeable de son chiffre d’affaire via AWS (Amazon Web Service), un service particulièrement efficace d’hébergement facturé à l’heure. Mais il n’est pas vraiment besoin de présenter le contenu destiné à être hébergé. En quelques clics, on dispose d’un espace de stockage adéquat sur les infrastructures d’Amazon et on peut mettre à disposition son contenu sur le web.

C’est exactement le même principe pour Ovh. Selon Octave Klaba, « un client a commandé un serveur dédié, avec des blocs RIPE et de protection contre les attaques. Sa facture payée par CB s’élève à moins de 150 euros. » Traduction : quelqu’un (lié d’une façon ou d’une autre à WikiLeaks) est simplement allé sur la page “Serveurs dédiés” d’Ovh et fait son choix dans la liste. D’après le prix communiqué, il n’a pas choisi du haut-de-gamme et s’est contenté d’un serveur aux alentours de 100 euros par mois. Avec les options de sécurité (le RIPE permet par exemple de basculer d’un serveur sur un autre en cas de saturation), la facture a augmenté de quelques dizaines d’euros. Chez Ovh (comme chez d’autres hébergeurs du genre), un certain nombre de machines sont déjà prêtes à être mises en service et sont donc disponibles dans l’heure. C’est d’ailleurs très exactement cette procédure que nous avons effectuée pour mettre en ligne Ecrans.fr, lui aussi hébergé chez Ovh.

La lettre d’Eric Besson a-t-elle une chance d’avoir le moindre effet ? Oui sans doute, mais pas forcément celui escompté. Il risque de provoquer une multiplication des sites miroirs de WikiLeaks (des reproductions non officielles du contenu du site), notamment sur le sol français. Le fournisseur d’accès associatif French Data Network (FDN) vient par exemple d’annoncer par la voix de Benjamin Bayart, son président, (sur son compte Twitter) la mise en ligne de wikileaks.fdn.fr sur ses serveurs. De plus, le ministre a sans doute oublié que les premiers diffuseurs du contenu des 251 287 télégrammes diplomatiques, avant Wikileaks.org, sont aujourd’hui les sites des quotidiens partenaires : Le New York Times, le Guardian, Der Spiegel, el Pais et Le Monde. Pour information, le site web du quotidien du soir est aussi hébergé en France. On dit ça, on ne dit rien...


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