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mardi 13 mai 2008 09:00

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Larousse met un vent à Wikipédia

Net. Gratuite et participative, l’encyclopédie mise en ligne aujourd’hui espère contrer sa rivale.

par Frédérique Roussel

tags : wiki , Wikipédia , encyclopédie , livre , gratuit , dictionnaire

Sur le stand Larousse, au Salon du Livre de Paris. Photo Jean-Pierre Muller. AFP

Wikipedia n’a qu’à bien se tenir, la vieille garde rapplique. Larousse, fondée il y a plus de cent cinquante ans et filiale d’Hachette, met aujourd’hui en ­ligne une encyclopédie contributive. L’autre leader de l’édition des dictionnaires et encyclopédies en France, le Robert, filiale d’Editis, fourbit ses armes pour la fin de l’année. Son projet serait de mettre en ligne son dictionnaire de langue française, avec accès payant. Larousse, lui, va plus loin en demandant aux internautes de s’impliquer.

Les encyclopédies de papier ont mis du temps à rétorquer à l’insolente encyclopédie en ligne américaine. Si elles existent déjà sous forme numérisées sur CD Rom, elles ont longtemps négligé Internet. Pendant ce temps-là, le furet Wikipédia, né en janvier 2001, engrangeait des articles et entrait dans le top 10 des sites les plus consultés dans le monde. L’encyclopédie en ligne, soutenue par une organisation non lucrative, grossit à la faveur d’une armée de contributeurs bénévoles qui sont aujourd’hui près de 390 000. Elle compte plus de 10 millions d’articles (dont 656 000 en français), plus de 2 millions d’images dans plus de 250 langues

La success story de Wikipedia comporte ses écueils. La qualité de ses articles, rédigés par des mains anonymes et modifiables à tout moment, fait l’objet de polémiques récurrentes. Des biographies aux informations douteuses aux entreprises qui écrivent elles-mêmes leur propre notice, en passant par des morts trop hâtivement enterrés... Les différentes études qui se sont amusées à mettre Wikipedia en concurrence avec des encyclopédies dites sérieuses ne l’ont finalement pas assassinée. Wikipedia peut se présenter parfois comme plus fiable que les prestigieuses Britannica (selon Nature) et Brock­haus (selon le magazine allemand Stern)... Tout ça se discute.

Larousse imite Wikipedia tout en tentant d’éviter de prêter le flanc aux critiques sur la fiabilité. Elle joue sur les deux tableaux  : d’un côté, elle donne un accès libre à son dictionnaire encyclopédique validé (150 000 articles et 10 000  objets multimédias). De l’autre, elle ouvre les portes à une communauté de contributeurs. Un moteur de recherche permet d’accéder dans la même page aux contenus faits maison et à ceux publiés par les internautes. Pour consulter l’encyclopédie, il faut s’inscrire et il est possible de fournir ensuite des textes ou des images, tout en restant propriétaire de son œuvre. L’appel du pied est clair  : « Devenir contributeur Larousse, c’est s’associer à un éditeur de prestige, reconnu pour le sérieux et la fiabilité de sa production éditoriale. » Chaque volontaire est invité à créer son espace personnel, qui dispose d’une messagerie.

Contrairement à Wikipedia, les anonymes sont bannis et les contributions sont sanctuarisées une fois écrites. Pas question d’aller mettre son grain de sel sur un article d’internaute déjà publié. On peut le prévenir gentiment des lacunes. L’auteur a toujours la possibilité d’apporter des modifications. « Nous avons placé le respect et la valorisation du droit d’auteur au centre de notre concept, explique Isabelle Jeuge-Maynart, PDG de Larousse. Cela devrait rassurer bon nombre d’experts, qui aujourd’hui sont parfois réticents à publier leurs contenus sur Internet. » La maison d’édition espère sans doute contrer le vandalisme, une des plaies de Wikipedia.

Elle semble aussi avoir tiré la leçon de l’expérience de l’Encyclopaedia Britannica. Gratuite puis payante en ligne, l’encyclopédie américaine a décidé de changer une nouvelle fois de tactique en offrant gratuitement accès pendant un an à ses 32 volumes aux blogueurs qui pourront se qualifier à son programme WebShare. Avec le secret espoir qu’ils s’abonneront ensuite. Sa filiale Encyclopaedia Universalis propose une formule plus classique  : un abonnement annuel à 69 euros avec un accès à plus de 30 000 articles et 20 000 photographies.

Larousse appâte en promettant un enrichissement continu de sa base en ligne par des milliers d’articles sur la peinture, la musique, la littérature et, à partir de septembre, par l’arrivée de cen­taines de vidéos en partenariat avec les chaînes National Geographic Channel et Voyage. Quant à Wikipedia, elle fait le chemin inverse... Le géant allemand Bertelsmann va vendre en septembre une version imprimée de l’encyclopédie libre qui donne le tournis à ses collègues nés pour le papier.


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