mercredi 11 juin 2008 16:37
Wikipédia terrorise le CAC 40
L’agence Euro RSCG C&O organise un débat sur l’image des entreprises du CAC 40 dans Wikipédia. Et milite pour la modification des règles de l’encyclopédie.
par Erwan Cario
tags : Wikipédia , économie , polémique
© Wikimedia Foundation, Inc.
Le communiqué est signé Euro RSCG C&O, et donne vite le ton : « Wikipédia cannibalise l’image des entreprises du CAC 40 et de leur dirigeants ». Et d’égrainer les chiffres affolants : « 39 entreprises du CAC 40 voient l’article Wikipédia les concernant positionné sur la 1ère page de Google.fr. 29 dirigeants du CAC 40 voient l’article Wikipédia portant sur leur biographie arriver en 1ère position sur Google.fr ». Effectivement, c’est inquiétant. Pour enfoncer le clou, Euro RSCG C&O n’hésite pas à aller plus loin : « La fiabilité et la véracité des informations publiées par l’encyclopédie collaborative sont contestées et mises en doute. Elles participent malgré tout à la construction de l’image de l’entreprise et de leurs dirigeants et peuvent nuire à la valeur de la marque ». Et ce genre de « nuisance », ça les chagrine. Pour en parler, l’agence organise un débat demain soir avec « les blogueurs et les professionnels de la communication et de l’influence ». Le problème des entreprises du CAC 40 (et de leurs dirigeants, ne les oublions pas) est très simple : ils peuvent dépenser des fortunes en communication (sur les presque 100 milliards d’euros de bénéfices cumulés en 2007, par exemple), le duo Google/Wikipédia leur passera toujours devant sur le net (sauf pour le site officiel de l’entreprise, qui arrive souvent, très logiquement, en première place). Pourquoi ? Aucune collusion a priori entre le géant du net et l’encyclopédie, mais une conséquence naturelle du système d’indexation automatique (le célèbre « Page Rank ») de Google. En effet, ce dernier met en avant les sites et les pages web les plus citées sur le net, et Wikipédia s’est imposé ces dernières années comme une référence pour les internautes du monde entier. Et tout ceci, « dans un contexte où les individus font de plus en plus confiance en leurs pairs et de moins en moins aux modes de communication traditionnels et institutionnels », déplore l’agence marketing. Sans blague ? Malheureusement pour les professionnels de la com’, Wikipédia, qu’on présente parfois un peu vite comme un lieu ou chacun peut écrire ce qu’il veut, est régie depuis sa création par une série de principes fondateurs, dont la neutralité de point de vue (les articles ne doivent pas promouvoir de point de vue particulier). En vertu de ce principe, l’article de Wikipédia dédié à la présence des entreprises, sociétés et produits dans l’encyclopédie précise bien : « Les articles rédigés sur un mode propagandiste ou publicitaire sont prohibés. Pour éviter cela, [...], il est recommandé aux membres d’une entreprise ou d’une société [...] d’éviter de contribuer à la rédaction des articles sur leur propre entreprise, société ou produit ». Cette recommandation n’est en rien une interdiction formelle. David Monniaux, de Wikimédia France, explique : « Ces entreprises peuvent éditer Wikipédia si elles en respectent les règles : neutralité/équité entre les points de vue, citation de sources, pas de vocabulaire exprimant un jugement de valeur. Une longue expérience nous montre cependant que les personnels de relations publiques sont souvent incapables de se plier à ces règles, et que leurs ajouts se font donc supprimer à leur grand dam ». Mais Euro RSCG ne peut rester passif face à cette remise en cause de son métier et se propose de mettre en place « un nouveau standard de communication », la N.D.L.E. La « Note de l’entreprise », une zone éditoriale où les société pourront « s’exprimer sur Wikipédia tout en respectant le principe de neutralité ». Selon l’agence, « il ne s’agit pas de dénaturer les propos des internautes mais d’offrir aux entreprises la possibilité de répondre dans un souci d’égalité des parties prenantes ». Et d’ajouter : « Parce qu’il n’y a aucune raison que la voix des anonymes ait plus de poids que celle de l’entreprise ou du dirigeant concerné ». En réponse à cette interprétation étrange de l’encyclopédie (les uns contre les autres, mais à égalité), Pierre Beaudouin, président de Wikimédia France, se contente juste de rappeler un autre principe fondateur : « La fiabilité de l’information est assurée par des sources sérieuses, accessibles et analysant le sujet avec un regard extérieur et argumenté ». On peut s’attendre donc à un dialogue de sourds entre les professionnels de la « communication traditionnelle et institutionnelle » et les membres d’une communauté qui considère que le respect des principes fondateurs constitue le socle du succès de Wikipédia. Et que peut y faire Euro RSCG ? Pas grand chose, sans doute. Et David Monniaux de prévenir : « Nous comprenons que certains médias, certains blogueurs, certains journalistes, sont sensibles aux "attentions" d’acteurs économiques. Les moyens qui conviennent pour les inciter à avoir une attitude "coopérative" risquent cependant de ne pas fonctionner pour Wikipédia, notamment en raison de sa nature décentralisée et sans publicité ».
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