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lundi 6 octobre 2008 10:31

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« XIII », un sous « 24 »

Série. Une adaptation aux relents de Jack Bauer de la bande-dessinée à succès.

par Erwan Cario

tags : série , bande dessinée

Stephen Dorff est XIII, tueur en cavale soumis à une séance d’acupuncture. Photo Cipango

XIII, de Duane Clark. Avec Stephen Dorff et Val Kilmer. Canal +, ce soir à 20h50. Suite et fin lundi prochain.

Les premières minutes de XIII sont interminables. Deux secondes par plan grand maximum, des ralentis, du noir et blanc, encore du ralenti, des scènes vues sous plusieurs angles, et encore un ralenti, parce qu’il faut bien montrer que ce qui se passe est très très important. Seuls les plus valeureux parviendront au bout de ce tunnel. Ça tombe bien, du courage il en faudra pour s’enquiller deux fois 90 minutes de conspiration amnésique sur fond de coup d’Etat. Ou l’inverse. En gros, un tueur (mais est-ce bien lui  ?) qui a abattu la présidente des Etats-Unis (mais est-ce bien elle  ?) perd la mémoire et se retrouve pourchassé par un autre tueur (mais qui est-il  ?), membre d’une organisation comploteuse numérotée (mais est-elle ce qu’on croit qu’elle est  ?), et par les services secrets du gouvernement (mais, en vrai, pour qui travaillent-ils  ?).

XIII est l’adaptation de la bande-dessinée du même nom. Les deux épisodes diffusés sur Canal + sont une version condensée des cinq premiers tomes. Lancée en 1984 par Jean Van Hamme et William Vance, elle en compte aujourd’hui dix-neuf. On a souvent comparé le début de la série au best-seller de Ludlum, la Mémoire dans la peau. Il faut dire qu’un tueur-agent secret amnésique à la recherche de son passé et pourchassé pour d’obscures raisons, c’est un synopsis commun plutôt encombrant. Par la suite, la saga a plus brillé par ses chiffres de vente que par la qualité de son histoire, souvent indigeste, et de son dessin, d’une rare rigidité, avec des personnages figés, soit de face, soit de profil. Dans la version télé, l’acteur Stephen Dorff, alias XIII le héros, fait une doublure très correcte de Kiefer « Jack Bauer » Sutherland. Parce qu’entre XIII et 24 Heures chrono, la comparaison ne s’arrête pas au titre chiffré. Outre les entremêlements scénaris­tiques se déroulant dans les hautes sphères de l’Etat américain, les références à la politique extérieure des Etats-Unis (attentats, Irak, etc.) et les tribulations du héros tentant vaguement de sauver le monde ­contre son gré, l’influence de 24 Heures chrono se fait sentir tout au long des 180 minutes. Le pompon étant décroché au moment de la sacro-sainte scène de torture parce que, quand même, l’urgence absolue de découvrir la vérité impose l’utilisation de méthodes bien peu orthodoxes.

Le problème, c’est que Jack Bauer réussit pratiquement toujours à emmener le spectateur avec lui dans des histoires délirantes, même si les ficelles deviennent de plus en plus grosses au fil des saisons. Dans XIII, les ficelles ont laissé place à de la corde de crin. Difficile alors de se sentir concerné par ce qui arrive à l’écran. On baille pendant l’interrogatoire à base d’acupuncture électrique, on somnole pendant la réunion des conspirateurs, et même la menace d’une explosion nucléaire peine à faire soulever une paupière. Autant dire que la réplique finale –« On y retourne »– ne soulève pas forcément l’enthousiasme.

Coproduction franco-canadienne à gros budget (15 millions d’euros, quand même), avec Val Kilmer en guest-star fatiguée, la minisérie XIII devrait aussi connaître un bon succès d’audience malgré tout. Déjà vendue un peu partout en Europe, elle sera même diffusée en prime-time aux Etats-Unis, sur NBC, à la fin de l’année. On a du mal cependant à imaginer qu’une vraie série voit le jour après deux épisodes aussi laborieux. A moins, bien sûr, d’un complot.


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