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mardi 22 janvier 2013 10:49

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« XXI », un pavé dans la mare aux canards

par Isabelle Hanne

tags : presse , journalisme

Photos Jon S, CC BY

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Manifeste XXI : « Je partage leurs valeurs à 200% », « Une nostalgie d’un passé idéalisé »...

Les fondateurs de la revue ont déclenché les foudres d’une partie de la profession avec leur manifeste contre la conversion numérique à tout crin.

C’est en partie parce qu’il commence par une question provoc que le manifeste, écrit par les fondateurs de la revue XXI, a fait sortir de ses gonds une partie de la profession. Une question rhétorique, d’ailleurs… Quand les auteurs, Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, entament leur texte par ces phrases, « Et s’ils avaient tort ? Et si la "conversion numérique" était un piège mortel pour les journaux ? », les vingt pages suivantes apportent la réponse, leur réponse, sans équivoque : oui, ils ont tort.

Les deux auteurs parlent du haut des cinq ans de succès de leur trimestriel XXI, fêtés ce mois-ci. Leur manifeste défend « un autre journalisme », « un journalisme utile », loin des contraintes des annonceurs, loin des diktats du marketing, des impératifs de clics et d’audience, du bâtonnage de dépêches et du « journalisme assis ». En ces temps de crise de la presse, de remise en question du secteur, de tâtonnements, d’échecs, les réactions au texte ont été nombreuses. Un peu d’enthousiasme, beaucoup d’agacement : le manifeste referait le procès des Anciens contre les Modernes, du papier contre le Web ; refuserait de regarder devant, parce qu’hypnotisé par un journalisme anachronique ; serait donneur de leçons ; défendrait uniquement son modèle, pas transposable partout.

« On a été surpris par certaines réactions : ça révèle une presse encore plus inquiète qu’on ne le pensait, indique Laurent Beccaria. La question, ce n’était pas "est-ce qu’on a tort de faire du journalisme numérique", mais "a-t-on raison de migrer du papier vers le numérique ?" précise-t-il. Nous, on pense que cette migration, c’est une folie. »

Il répond point par point aux critiques : « Ce n’est pas, évidemment, une question de support, web ou papier, mais de contenu. Personne ne peut être contre Internet ! Le numérique offre plein de potentialités, c’est une évidence. Un journalisme sans Internet, ça n’a aucun sens. Mais un journalisme seulement à travers Internet, ça fait réfléchir. » Plusieurs acteurs du numérique ont reproché au manifeste de renoncer trop vite, de conclure à l’échec trop tôt. La presse est dans une zone grise, entre deux mondes, deux ères. Beccaria estime au contraire que sur le Web, « au bout de dix ans, on peut faire les comptes, et c’est effarant. Plus personne n’oserait dire qu’il croit à un modèle tout gratuit financé par la publicité. »

Avec XXI, Beccaria et Saint-Exupéry ont, quant à eux, trouvé un modèle, économique et éditorial. La revue est rentable, avec près de 50 000 exemplaires vendus en librairies par trimestre à 15,50 euros le numéro, et sans aucune ressource publicitaire. Elle a fait le pari du long : reportages, récits, interviews, portraits, portfolios, BD reportages. Et a rapidement fidélisé son public. « Face au profond bouleversement dans lequel on est plongé, on a eu envie de mettre sur pause, et de réfléchir, explique Laurent Beccaria, également fondateur de la maison d’édition Les Arènes. Quel journalisme veut-on de pratiquer ? » Quel chemin emprunter ? Quel modèle économique ? Pour quel format ? Face au désarroi du secteur, toute leçon est bonne à prendre…

Premier enseignement tiré en cinq ans de XXI : le lecteur n’est jamais celui qu’on croit. « Tout le monde nous disait qu’on allait avoir un lectorat très parisien, très professions intellectuelles. En fait, on a des étudiants, des retraités, des pépiniéristes, des banquiers, des infirmières, des lecteurs de province… L’erreur, c’est de vouloir définir un portrait-robot du lecteur. » Le manifeste dénonce d’ailleurs la faillite du marketing.

Autre enseignement : l’absence de publicité a été vécue comme un gage d’authenticité par le lecteur. « C’est ce principe de valeur qui a fonctionné », analyse Laurent Beccaria. Sur Internet, les sites d’infos ont « perdu le sens », ont perdu « l’utile ». « Les médias doivent redevenir vivants, avoir de la chair. Un média, c’est un langage, un univers, un espace qui a trouvé son utilité, et donc son économie. »

Les auteurs encouragent à la refondation d’une « presse post-Internet ». Non pas une presse sans Internet, mais « une presse qui a pris acte de l’existence d’Internet : à quoi ça sert de sortir tous les jours un journal dont 80% sont déjà sur Internet ? »

Mais le texte plaide surtout pour sa propre formule : une presse de niche, à faible tirage, à périodicité espacée. « Non, rétorque Beccaria, il y a d’autres espaces possibles, avec une même approche de l’actualité. » D’ailleurs, les deux cofondateurs de XXI ont en tête un projet « un peu plus qu’embryonnaire » mais dont ils ne veulent pas dire grand-chose, à part ceci : c’est un hebdomadaire.

 

Paru dans Libération du 18 janvier 2013


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