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jeudi 22 novembre 2007 12:50

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Zelda décoiffé par le plombier galactique

par Olivier Séguret

tags : wii , Moi jeux

Super Mario Galaxy - DR

Maintenant que sa sortie mondiale est accomplie, la monstrueuse petite tornade Super Mario Galaxy (Libération du 17 novembre) commence à produire ses pleins effets, et ils sont à tous points de vue obliques et ravageurs. Une poignée de jours a suffi au titre pour déclencher une sidération admirative globale en même temps qu’il jetait le trouble sur l’état objectif de la création et de la production en cette fin 2007 qui, par contraste, apparaît à de nombreux égards vide et crâneuse. La saison n’est pourtant pas indigne  : de nombreux titres, déjà sortis ou qui le seront d’ici Noël, ont mis toutes les chances de leur côté pour séduire, mais aucun ne pourra rattraper le prestige déjà acquis par le sidéral Galaxy.

Depuis près de dix ans, gamerankings.com, l’un des rares baromètres fiables qui compulse ses données auprès des acteurs de l’industrie comme des médias spécialisés, faisait figurer en tête de tous ses classements Zelda  : Ocarina of Time, comme étant le plus grand jeu de tous les temps. En une semaine, Galaxy lui a piqué la place et s’il ne s’y maintenait pas éternellement, il y a peu de chances qu’il quitte le trio de tête avant des années. Joueurs, critiques et professionnels, l’unanimité est absolument sans faille. Il ne s’agit nullement, dans ce concert, de courir au devant du succès  : les premiers chiffres de vente ne sont tombés que plus tard (500 000 exemplaires en sept jours aux Etats-Unis) et il sera bien temps de les analyser dans leur globalité après les fêtes, avec tout le recul nécessaire. Il s’agit d’un pur effet de ferveur et d’admiration.

Dressant à son tour un florilège critique mondial de ce jeu, l’autre site de référence, gamasutra.com, levait cependant un autre lièvre  : son époustouflant brio est aussi une sorte d’énorme baffe virtuelle assenée par Mario à tous les studios de développement concurrents. Jouer à Galaxy, c’est encourir le risque d’une révélation, témoignent en substance les plumes retenues par Gamasutra :  mais comment a-t-on pu perdre tant d’années à jouer à autre chose  ?

Il n’est pas rien non plus que ce soit un jeu réputé appartenir à la sphère de l’enfance qui vienne ainsi perturber la bonne conscience de l’industrie avec, sous son vernis bonbon, d’agaçantes questions de fond. D’ailleurs, c’est souvent lorsque des jeux ont la noble ambition de devenir plus « adultes », c’est-à-dire de se conformer à un idéal artificiel du jeu vidéo comme divertissement « raisonnable » ou plus « mature », qu’ils perdent leur sel ludique et merveilleux et s’embourbent dans l’ennui narratif.

Pourtant, paradoxe qui ne rend la chose que plus cruelle, ce Galaxy-là est loin de se situer à l’avant-garde des techniques ou de la découverte expérimentale. C’est d’ailleurs ce qui le rend suspect aux yeux des fondamentalistes de la religion Mario, qui ont aimé l’infernal plombier lorsqu’il était plus aventureux, plus secret, moins consensuel. Galaxy est plutôt l’excellente somme d’un état de l’art du jeu à cette date, le bilan brillant de son âge d’or, tel que personne n’avait su le tirer avant lui. La barre a été placée très haut, mais les portes sont désormais ouvertes pour une Renaissance.


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