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mercredi 13 février 2008 11:28

  • télévision

Zéro pub ? La grève, répond la télé publique

Grève sans précédent dans le secteur audiovisuel public, qui s’inquète de son financement après les déclarations de Nicolas Sarkozy.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : politique , publicité , France Télévisions

Un plateau de France Télévisions. Photo Marina Gadonneix, Galerie Esther Woerdehoff

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En un tour de passe-passe, on nous vend la télé publique instantanée, débarrassée qu’elle sera en un temps trois mouvements de son Nespresso et de ses cafetières, pour revivre, mieux faire, faire plus et encore plus et tout ça pour moins qu’un simple sou  !

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On ne verra pas, cet après-midi à Paris, entre la place de l’Alma et les abords de l’Elysée, des calicots réclamant le maintien de la publicité sur France Télévisions. « On ne va pas se battre pour défendre la pub », soupire un journaliste de France 2. Alors quoi ? Alors voilà le mot d’ordre de la manifestation des salariés de l’audiovisuel public en grève massive : « Exiger la pérennité du service public audiovisuel, de son financement, de son périmètre et le respect du pluralisme ». Le slogan, tarabiscoté, ampoulé et mou du genou, dit bien la perplexité qui s’est emparée des 11000 salariés de France Télévisions mardi 8 janvier au matin : ce jour-là, au cours de sa mémorable conférence de presse, alors que tout le monde l’attend sur le pouvoir d’achat, le président de la République déclenche un écran de fumée. La fin de la pub sur France Télévisions ! Rien de moins. Car, voyez-vous explique Che Sarkozy, la télé publique ne peut fonctionner « selon des critères purement mercantiles ». Et le Presidente Maximo d’enfoncer le clou : « Voici une révolution qui en changeant le modèle économique de la télévision publique changera du tout au tout la donne de la politique culturelle dans la société de communication qui est la nôtre ».

Mais l’idée est totalement improvisée. Rien n’a été préparé : pensez, même Martin Bouygues, patron de TF1 et ami fidèle du Président, n’était pas au courant. Du coup, les préventions et les suspicions pleuvent et, à France Télévisions, la colère monte. Elle a même gagné tout l’audiovisuel public et le mouvement d’aujourd’hui s’annonce massif : outre France Télévisions, Radio France – où les rares pubs vont être supprimées – se joint au mouvement, de même que les sociétés de l’audiovisuel extérieur (RFI, TV5 Monde), elles aussi dans la tourmente. A la radio comme à la télé, le menu devrait être aux programme de substitution à la place des émissions en direct. C’est simple : les vieux de la télé publique n’ont pas vu telle mobilisation depuis l’éclatement de l’ORTF, en 1974. Et jamais depuis 1974 les syndicats de l’audiovisuel public n’avaient avancé en front uni.

Hier, l’Elysée a tenté de prévenir l’incendie en recevant deux heures durant l’intersyndicale. François Perrol, secrétaire général adjoint de l’Elysée, « confirme la règle de compensation euro pour euro » des recettes publicitaires perdues. Martèle qu’il n’y aura pas de privatisation. Et s’engage même à coucher la promesse par écrit. Les représentants de l’audiovisuel public disent leurs inquiétudes et leurs interrogations. « Nous nous posons les mêmes questions que vous », s’entendent répondre, sidérés, les syndicalistes. « C’est inquiétant, s’alarme Jean-François Téaldi, porte-parole de l’intersyndicale, ils s’interrogent sur tout, c’est le flou économique le plus complet ».

En revanche, la proposition des syndicats est rejetée d’emblée : augmenter la redevance, une des plus basses d’Europe, c’est niet. « Sarkozy joue les apprentis sorciers, s’enflamme Téaldi, il bouleverse totalement l’équilibre économique du PAF sans mesurer les conséquences, ou alors, il est en train de créer les conditions pour flinguer le service public ».

Dès l’annonce de la suppression de la pub sur France Télévisions, les annonceurs ont commencé à plier bagage, et certaines commandes de programmes sont déjà bloquées. France Télévisions devrait, en 2008, être 20% sous ses prévisions de recettes publicitaires ; Résultat : c’est au total 1,2 milliard d’euros qu’il faut trouver. Comment ? Il faudra encore s’en remettre à Nicolas Sarkozy. Il doit, dans les jours prochains, tenir raout à l’Elysée pour dévoiler son plan exact pour la télé publique : mécanismes de remplacement, taxes des chaînes privées, grandes lignes du nouveau cahier des charges des chaînes publiques. Et peut-être la constitution d’une mission de sages, destinée à encadrer la réforme. Frédéric Mitterrand a été contacté pour la présider, Bernard Pivot ou encore Jacques Chancel pourraient y participer. Ce qui donne une idée de la vision moderniste que Sarkozy se fait de la télévision publique.


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