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samedi 6 octobre 2007 11:48

  • cinéma

Zoom : Clémenti, Christ du ciné psyché

par Philippe Azoury

tags : exposition , cinéma d’auteur , cinéphilie

Clémenti pendant le tournage de "Visa de censure" (1967) © Tania

Sur la photo noir et blanc qui orne la quatrième de couverture du programme du centre Pompidou, Pierre Clémenti porte une longue chemise blanche sur un pantalon de même couleur. Si bien qu’on le croirait vêtu d’une tunique, dans laquelle il invente une ressemblance surprenante avec le dessinateur de presse et homme de théâtre queer Copi. Clémenti a ressemblé à beaucoup de monde : à un Gérard de Nerval romantique, à un prince Michkine dostoïevskien, à un punk (dès 1967, dix ans avant l’heure), à un Delon des zones interlopes et surtout et avant tout à Jésus-Christ - rôle mystique taillé sur mesure qu’il a remodelé sous une forme psychédélique pour Garrel et Pasolini.

Corps noueux, dandysme des gestes, du phrasé, visage taillé à la serpe, barbe évangélique, il émanait de lui un charisme fou et quelque chose d’inquiétant. Et très vite, Clémenti n’a ressemblé qu’à lui-même : soit une construction compliquée de clochard céleste, d’aristocrate, de zombie cuir, de jolie fille et de mauvais garçon. L’hommage que lui rend Beaubourg n’est en rien une rétrospective intégrale (du type de celle qui avait eu lieu du vivant de l’acteur, en 1998 à la Cinémathèque), c’est davantage un parcours choisi, qui passe rapidement sur la période jeune premier (sinon Benjamin de Michel Deville, qui l’a révélé) pour mieux se concentrer sur sa période psychédélique, en partie autour des films que Clémenti a réalisés lui-même à partir de 1967 : Visa de censure, La révolution n’est qu’un début : continuons le combat, puis (après son année dans les geôles italiennes en 1973 pour détention de haschich), ses films postatomiques et toujours souterrains New Old, A l’ombre de la canaille bleue (détour dans un Paris interlope), et enfin le crépusculaire Soleil, en 1988.

Autant de bobines super 8 ou 16 mm, tournées en-dehors de tout système, traitant la narration comme une moins que rien, enchaînant les flashs sur des poèmes lus par l’acteur en possédé. Les films vont assez loin dans la dérive formelle, sinon plus loin encore que ceux, vagabonds, tournés dans la mouvance de mai 68 pour Garrel (le Lit de la vierge), Peter Emmanuel Goldman (ne pas rater le très rare Wheel of Ashes) ou Etienne O’Leary ( Chromo Sud, avec sa femme Margareth Clémenti). On pourra également entendre à Beaubourg six des émissions de radio poétiques qu’a réalisées pour lui son protecteur, André Almuro, entre 1958 et 1960. Autre incunable, le Home Movie de Fréderic Pardo, tourné au Maroc sur le set du Lit de la vierge : il y est fait état d’une chute spectaculaire de l’acteur qui se relèvera intact, attestant aussitôt que ce film sous LSD l’avait bel et bien sanctifié.

A noter que cet hommage à l’acteur décédé les derniers jours de 1999 s’accompagne d’un Pierre Clémenti, sous-titré Roman, de Jeanne Hoffstetter paru l’an dernier chez Denoël, ainsi que d’un DVD rassemblant toute son œuvre de cinéaste, aux éditions Choses vues.

Hommage à Pierre Clémenti
Centre Pompidou,
du 5 au 15 octobre
www.centrepompidou.fr


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