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vendredi 27 mars 2009 18:08

  • télévision

Combien ça coûte  ? Trop cher  !

Chute d’audience et pub en berne  : les chaînes se serrent la ceinture.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : France Télévisions , TF1

CC Luc Van Braekel

Les producteurs télé n’en sont pas encore à vendre leur Porsche Cayenne, mais tout de même… C’est la crise, que voulez-vous ma pauv’ dame, même pour TF1, première chaîne d’Europe, et malgré le cadeau de l’arrêt de la pub sur France Télévisions qui a limité les dégâts  ; pour M6 aussi et évidemment pour le service public. Selon l’agence médias Carat et l’institut Yacast, sur le premier trimestre de 2009, la pub est en chute de 17 % pour l’ensemble des chaînes. Palme de la Berezina pour TF1, avec une dégringolade de 18 % par rapport à la même période de 2008, tandis que M6 perd 5 % de pub. La raison  ? Encore et toujours l’érosion de l’audience peu à peu grignotée par la TNT où là, la réclame fait des bonds de géant.

Une tendance que la crise économique mondiale vient sérieusement alourdir  : les annonceurs ont les miquettes et s’assoient sur leurs investissements. Du coup, les chaînes se serrent la ceinture  : 60 millions d’euros d’économies annoncés par TF1, 28 millions pour M6. Quant à France Télévisions, désormais sans pub après 20 heures, Patrick de Carolis veut « baisser une nouvelle fois les curseurs », estimant « impératif de revoir les contrats de production de flux pour la rentrée ». Dernier averto avant de lâcher la Cayenne pour le Vélib.

Première mesure  : les chaînes baissent les prix. Mais attention, assurent-elles, les économies ne concernent que les émissions dites de flux, à savoir les jeux, les variétoches ou les rigolades en série du style « les 100 Plus Grands Bêtisiers de l’humour drôle des chiens qui parlent ». Ainsi,« c’est 200 000 de moins », indique un producteur. TF1 refuse de confirmer le chiffre, mais ses soirées de divertissement, qu’elle payait jusqu’alors 800 000 euros pièce en moyenne, ne doivent désormais pas dépasser les 600 000 euros. Qu’on se rassure, la qualité ne devrait pas en pâtir, promet TF1  : « C’est l’école Storch [Laurent, le directeur des programmes de la Une, ndlr]  : on est plus créatif quand on a moins d’argent. » Chez France Télévisions, où les tarifs sont moins élevés, là aussi, on rabote  : 350 000 euros pour un prime-time de divertissement dès septembre, contre 400 000 aujourd’hui. Des tarifs qui avaient déjà été réduits, indique un cadre de France Télévisions  : « Toutes les émissions ont déjà connu entre 20 et 30 % de baisse. »

Conséquence  : on renégocie les contrats des producteurs. A la baisse, of course. Selon le Point, Starling a ainsi dû consentir à TF1 un rabais de 20 % sur Qui veut gagner des millions  ? Sur France 2, Nagui et sa société Air Productions ont soldé de 20 % le contrat du karaoké N’oubliez pas les paroles. A France Télévisions, d’ailleurs, tous les contrats des producteurs sont renégociés et ce sur la base « d’audits concernant les prestations externes ».

Deuxième mesure  : rationaliser. « On demande aux producteurs que la réflexion soit différente, comme nous l’avons déjà fait avec TF1 Productions, déclare-t-on à TF1. Il s’agit de produire plus vite et en continu. » Soit travailler plus pour ne pas gagner moins. France Télévisions s’y met  : « Maintenant, il faut enregistrer deux émissions par jour au lieu d’une », indique un technicien de France 2. Ainsi, Toute une histoire, le show lacrymal quotidien de Jean-Luc Delarue  : quatre numéros mis en boîte par jour au lieu de deux à trois précédemment. Idem pour Questions pour un champion sur France 3. Même système pour la culturelle Des mots de minuit ou l’Objet du scandale  : hop, deux par jour. « On met en place les méthodes du privé avec les salaires du public », grince un cadreur de France 2. Mieux, sur France 3, Intervilles, comme son nom ne l’indique pas, va cesser d’être itinérant, et se passera en un seul lieu  : ça fera moins cher de la vachette.

Autre tactique indique-t-on à France Télévisions  : rogner sur les costumes ou les décors. « Au lieu de faire 1 500 m2 de décor, on en fait 1 000 m2, ça coûte moins cher en studio. » Mais attention, il ne s’agit pas d’en faire trop au risque que ça finisse par se voir  : « France 2 ne peut pas ressembler à Direct 8 quand même  ! indique un ponte du service public. Le problème, c’est qu’on nous demande de faire toujours plus de programmes inédits pour lutter contre la TNT, mais à budget constant. »

Du côté des producteurs contraints de diminuer leurs juteuses marges, on fait le gros dos. « Moi, j’ai monté ma boîte il y a un an, le schéma économique qu’on connaît aujourd’hui était déjà en gestation, raconte Alexia Laroche-Joubert, ex d’Endemol, c’est clair que c’est plus facile de travailler avec plus d’argent, mais on n’est pas suicidaire, on propose des projets dans les enveloppes. » Alexia Laroche-Joubert s’y retrouve en produisant pour la TNT  : « Le volume d’émissions qu’on peut avoir remplace le gros one shot sur une grande chaîne. » Mais aussi en revendant des concepts à l’étranger, via Banijay, la société créée par Stéphane Courbit, l’ex-patron d’Endemol. « On a aussi les paper formats », indique-t-elle  : il s’agit d’acheter des ­concepts qui n’ont encore fait l’objet d’aucune adaptation, bien moins chers qu’un hit international comme Pop Idol. « En fait, explique Laroche-Joubert, la télé est un secteur en train de s’industrialiser  : les saltimbanques ont pris des cours de finance. »

Paru dans Libération du 27 mars 2009


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