vendredi 16 avril 2010 15:05
Internet : enfin la vidéo !
par Camille Gévaudan
tags : vidéo , licence libre , Mozilla , navigateurs , Apple , flash , Google , YouTube , HTML 5
CC BY eelke dekker
On les croise sur les sites de musique, au milieu d’un article, sur Allociné, sur PriceMinister, sur YouTube ou Dailymotion, bien sûr, sur Facebook, Wikipédia, dans les blogs, les bannières publicitaires animées... Les vidéos sont omniprésentes sur l’Internet d’aujourd’hui et leur lecture, au détour d’un clic, fait partie intégrante de la navigation des internautes. Qui se douterait que sous le capot des pages web qui les diffusent, une profonde mutation vient de s’amorcer ? « Google pourrait annoncer l’ouverture du codec VP8 à la prochaine conférence I/O » : sous ses airs profondément cryptiques, cette petite rumeur qui court sur les sites d’actualité technologique revêt une importance capitale pour l’avenir de la vidéo sur le web. Il s’agit, en résumé, d’une évolution technique et juridique dans un format de compression vidéo récemment racheté par Google. Si la rumeur se confirme et que le géant du web décide effectivement de rendre ce format ouvert et libre, il pourrait le rendre incontournable sur l’ensemble de la toile en commençant par l’imposer sur Youtube, sa plateforme de partage de vidéos. Tout est lié à la généralisation prochaine de l’« HTML 5 », c’est-à-dire la 5e version du langage informatique qui gère l’affichage de toutes les pages web que l’on consulte via un navigateur. Comme l’indique son nom, Hypertext Markup Language, l’HTML était à l’origine conçu pour afficher des pages web contenant de l’hypertexte. Du texte et des liens, comme celui-ci, pour faciliter la navigation : voilà qui convenait parfaitement à l’Internet des années 1990 mais s’est vite révélé insuffisant. Le langage a alors évolué en intégrant de nouvelles « balises », comme Mais aujourd’hui, et pour la première fois depuis 1997, le langage HTML est en train de connaître une nouvelle évolution. La version 5 promet une sympathique brochette de fonctionnalités plus modernes les unes que les autres, et surtout, l’apparition des balises tant attendues Plusieurs plateformes majeures — Youtube, Dailymotion et Vimeo par exemple — expérimentent déjà la balise vidéo dans des espaces réservés de leur site. Chez Apple, la technologie Flash est bannie des appareils mobiles (iPhone et iPad) depuis longtemps, après une décision un peu radicale de Steve Jobs qui clame à qui veut l’entendre que « Flash Player est bourré de bugs ». D’autres sont plus enclins à penser qu’Apple veut privilégier ses applications maison, vendues sur l’App Store... mais tout le monde est à peu près d’accord quand Jobs déclare que « bientôt, personne n’utilisera [Flash], le Html 5 va s’imposer ». Reste un détail à régler : si les vidéos de YouTube et consorts ne sont plus compressées spécifiquement pour le lecteur flash, quel format doivent-elles utiliser ? Le « H.264 », bien sûr ! La réponse est évidente pour de nombreux acteurs du web et du marché de la vidéo, qui ont choisi d’adapter leurs produits à cette norme en particulier. Les plateformes de partage YouTube et Vimeo commencent à encoder leurs vidéos en H.264. Microsoft, Apple et Google façonnent la dernière mouture de leurs navigateurs respectifs (Internet Explorer 9, Safari et Chrome) pour qu’ils puissent décoder les vidéos en H.264. Tout le monde est d’accord, alors ? Adjugé, vendu ! Hop, on referme le cha... Attendez, il manque quelqu’un. Où est le petit panda roux ? Firefox fait de la résistance, pour des questions éthiques et économiques.
Le Moving Picture Experts Group (MPEG), qui développe la norme H.264, demande en effet à toutes les entreprises intéressées et distribuant leurs produits à grande échelle de s’acquitter d’une licence d’utilisation (PDF) pour le moins exorbitante. Google, Apple et Microsoft déboursent les 5 millions de dollars annuels sans sourciller, et pourront se permettre de suivre une inflation des tarifs si le MPEG tente de profiter, dans les années futures, de sa position dominante. Mozilla (qui développe Firefox) et Opera (le navigateur norvégien) refusent de s’y soumettre. « Le Web est meilleur depuis l’arrivée de Mozilla, et il nous aurait été impossible de le faire s’il avait fallu payer des licences pour utiliser HTML, CSS, Javascript ou d’autres technologies du genre », explique Mike Shaver, vice-président de Mozilla en charge du développement. Et c’est sans compter les plus petites structures. Une telle facture tuerait dans l’œuf toute velléité de s’installer sur le marché de la vidéo en ligne... Mozilla, Opera et les français de Dailymotion ont préféré miser sur Theora, un format de compression ouvert sans aucune restriction d’utilisation. Les vidéos encodées au format Theora sont, de l’avis (contesté) de Google, de moindre qualité que celles estampillées H.264. Mais les convictions passent avant le confort de lecture, a fortiori dans le cas de Mozilla qui développe des logiciels entièrement libres. C’est une question d’intégrité pour Tristan Nitot, président de Mozilla Europe : « On a travaillé énormément pour supprimer tout logiciel propriétaire de Firefox, ça n’est pas pour faire marche arrière. » Et l’insertion d’un petit format breveté dans le navigateur compromettrait radicalement son principe de libre redistribution : « il faudrait compter le nombre d’exemplaires distribués, pour la facture que va nous envoyer la MPEG-LA. » Au risque de perdre un nombre considérable d’utilisateurs, Firefox et Opera boycottent donc le H.264 et sont à l’heure actuelle incompatibles avec les espaces en HTML5 de YouTube et de Vimeo. Mais tout n’est pas perdu... Parmi la myriade de sociétés que l’ogre Google croque et déglutit chaque mois, l’américaine On2 Technologies a retenu l’attention des observateurs. On2 développe depuis 1992 des codecs (procédés de compression-décompression) vidéo et le plus récent d’entre eux, nommé « VP8 », semble surpasser les performances du H.264 — une vidéo publiée sur le site d’On2 montre une image plus propre que celle compressée par le codec concurrent, pour un débit similaire de 2 Mbps. Et vu le montant du chèque signé pour l’acquisition d’On2 (124,6 millions de dollars), il ne fait aucun doute que Google a de grandes ambitions pour le VP8 et commencera par l’implémenter sur les sites qu’il possède — YouTube en tête — pour le promouvoir. C’est ce rachat qui a allumé les espoirs les plus fous du côté des libristes. Si Google acceptait d’« ouvrir » le VP8 — et on sait la firme de Mountain View loin d’être réfractaire aux solutions open-source —, n’y aurait-il pas la possibilité de mettre tout le monde d’accord, en combinant un format d’encodage de haute qualité et une utilisation sans contraintes pour tous les acteurs ? Le jour même où Google a publié l’annonce de l’acquisition, La Free Software Foundation lui écrivait une lettre ouverte (en français sur Framablog) : « Imaginez ce que vous pouvez accomplir si vous rendez disponible, de façon irrévocable, le codec VP8 sous une licence libre de royalties, et le proposez aux utilisateurs de YouTube... Vous pouvez mettre un terme à la dépendance du web aux formats vidéo criblés de brevets et aux logiciels propriétaires tel que Flash. (...) Internautes, créateurs de vidéo, développeurs de logiciels libres, constructeurs de matériel informatique, tout le monde pourrait distribuer de la vidéo sans se soucier des brevets, des droits d’utilisation et des restrictions. » Et, histoire d’accentuer un peu la pression : « Si vous en décidez autrement, nous saurons que vous avez à cœur non pas la liberté des utilisateurs mais seulement le règne sans partage de Google. » C’est dans cette ambiance presque insoutenable que l’on attend, depuis fin février, des nouvelles de Google. Et c’est donc avec un intérêt fébrile qu’on accueille cette petite rumeur qui court depuis mardi sur les sites d’actualité technologique, de sources anonymes mais « multiples » et bien sûr proches du dossier : Google pourrait annoncer l’ouverture du codec VP8 lors de sa prochaine conférence de développeurs, les 19 et 20 mai prochains. Sur le même sujet :HTML, cinquième du nom
<img> pour afficher des images, <table> pour les tableaux, <ul> et <li> pour des listes à puces... et <object>, sorte de balise fourre-tout prévue pour tout autre contenu qu’on pourrait avoir besoin d’afficher sur Internet. Des sons, des animations et des vidéos, par exemple, dont l’utilisation a
explosé dans les années 2000 alors que le HTML n’avait rien prévu pour les accueillir de façon optimale. C’est donc par des moyens détournés, des logiciels tiers qui se greffent au navigateur sous forme de « plug-ins », que ces contenus multimédia se sont installés sur nos écrans. Le plus répandu à l’heure actuelle est le flash player. Il permet de lire aussi bien les sons que les vidéos, d’afficher des images animées, des cartes interactives ou encore des jeux en ligne.<audio> et <video>. Grâce à elles, les développeurs de sites Internet n’auront plus besoin de compresser spécifiquement leurs vidéos au format flash et prendront, à terme, leur indépendance vis-à-vis du groupe Adobe qui en est propriétaire. Côté pratique, plus besoin d’insérer des lignes de code complexe entre les vagues balises « object » pour afficher le petit lecteur interactif : <video> fait tout à leur place. Les internautes, quant à eux, échappent à l’inconfort du plug-in flash player, un peu gourmand en mémoire, qui charge les vidéos assez lentement et peut faire « ramer » le navigateur.H.264 contre Theora, la guerre des formats
CC BY SA - Simon Giraudot pour le GeektionnerdVP8, un nouveau venu qui peut changer la donne
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