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mardi 23 octobre 2007 15:57

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Téléchargement : Confessions d’un traître

par Sébastien Delahaye

tags : téléchargement , piratage , justice , bittorrent

Logo de la MPAA - DR

Pour lutter contre le piratage sur le net, certains semblent décidément prêts à tout. Et à ce petit jeu, la Motion Picture Association of America (MPAA, une association qui regroupe les majors du cinéma à Hollywood) pourrait bien sortir grande perdante. Le magazine américain Wired propose sur son site un entretien riche en révélations avec Robert Anderson, un informateur de la MPAA. Appât du gain, déceptions, trahisons... tous les ingrédients sont là pour une belle histoire.

En 2005, Robert Anderson fait partie de la petite bande qui tourne autour de TorrentSpy, l’un des principaux sites de centralisation de fichiers à télécharger avec le logiciel BitTorrent. Après l’échec d’une entreprise montée avec Justin Bunnell, le fondateur de TorrentSpy, Anderson décide de se tourner vers l’ennemi, la MPAA. Afin, croit-il, de gagner beaucoup d’argent. Il contacte l’association par email, leur promettant des informations sur le fonctionnement de TorrentSpy.

Quelques semaines plus tard, Robert Anderson a remonté toute l’échelle pour discuter avec Dean Garfield, le responsable juridique de la MPAA. La rencontre se passe bien : « Nous avons besoin de quelqu’un comme vous, dit-on à Anderson, selon Wired. Nous vous donnerons un travail bien payé, une maison, une voiture, tout ce dont vous avez besoin... Si vous sauvez Hollywood pour nous, vous deviendrez riche et puissant. » Anderson n’y résiste pas, et dit connaître un informateur qui a accès à tous les emails de TorrentSpy. Cet informateur, c’est Anderson lui-même, qui, quelques jours plus tôt, a hacké le serveur de TorrentSpy. La manipulation lui a permis d’obtenir une copie de tous les emails échangés par les administrateurs du site de fichiers. Autrement dit, Anderson a accès aux factures et aux mots de passe de TorrentSpy, mais aussi au code source du site.

Selon Anderson, le code source devait servir à la création d’un faux site de fichiers .torrent, qui aurait permis à la MPAA de contacter les vrais sites en se faisant passer pour un nouveau confrère. Le but était d’obtenir leurs coordonnées afin de pouvoir les attaquer par la suite. Une opération piège pas vraiment traditionnelle. La MPAA, via sa porte-parole Elizabeth Kaltman, a nié à Wired l’existence d’un tel projet.

Le 30 juin 2005, Robert Anderson signe son contrat avec la MPAA, dans lequel il s’engage à donner, entre autres, toutes les coordonnées des dirigeants de TorrentSpy. En échange, la MPAA versera 15 000 dollars (10 500 euros) à Anderson. Le contrat précisait que les informations devaient être obtenues « légalement ». Selon Anderson, Dean Garfield lui aurait cependant dit : « La façon dont vous les obtenez n’a aucune importance. » Un point crucial, puisque l’illégalité du procédé est au centre des procès qui opposent la MPAA à TorrentSpy.

Juste après avoir signé le contrat, qui interdit aux deux parties d’en révéler l’existence-même, Robert Anderson envoie toutes ses données à Dean Garfield. Qui, au lieu de lui proposer la relation de travail à long terme qu’il lui faisait miroiter, oublie l’existence d’Anderson. Grosse déception pour le hacker.

Un an plus tard, se sentant coupable, Anderson reprend contact avec Justin Bunnell de TorrentSpy, et lui raconte toute l’histoire. Juste à temps, puisque la MPAA porte quelques semaines plus tard plainte contre TorrentSpy pour violation de copyright. Bunnell contre-attaque, jugeant que les informations de la MPAA ont été obtenues via une surveillance illégale de ses emails. En août, le tribunal de Los Angeles a rejeté la plainte de Bunnell, qui vient de faire appel. Et en mai dernier, la MPAA a en revanche gagné son procès contre TorrentSpy, l’obligeant à communiquer les données de connexion de ses visiteurs. Une mesure refusée par TorrentSpy, qui a depuis décidé d’interdire l’accès de son site à tous les visiteurs américains.


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