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mercredi 18 mai 2011 18:58

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Miss Gloss S02E02 : Un Batman stylisé à la Miller sous la bretelle de son débardeur

Toutes les semaines, retrouvez sur Ecrans.fr les maraboudficelles de Miss Gloss.

par Miss Gloss (recueilli par Stéphanie Estournet)

tag : Le maraboudficelle de Miss Gloss

Miss Gloss © Yann Valeani

Previously on Miss Gloss : Alors que vous vous voyiez sur la sellette, suite à des dérapages sur Facebook qui vous positionnaient au centre de scandales sexuels, vous voici promu maître artistique de votre Fabuleuse Boîte de Com. Mais The Gree Scar, à l’initiative de vos déboires, est là, qui rôde…

Sous le soleil exactement, Nanar vous balance un coup de coude. Julie, tatouée comme Jack Sparrow, tendance Jax le Biker, pose sur votre table deux oranges pressée et deux cafés : « Une petite douceur, messieurs les directeurs. » Un battement de faux cils et elle disparaît, sa jupe à volants balançant au rythme d’un truc lounge que le patron du Sweet Dreams passe en boucle ces jours-ci. Signe du temps, vous avez abandonné le troquet rebeu en bas de chez vous (le café y était vraiment trop infâme), pour ce bar easy and soft, à cent mètres de Votre Fabuleuse Boîte de Com.

Estelle, en bonne comédienne, vous a fait sa tirade de l’acte II scène 2, hier. Elle y condamnait rien moins que « le monde de salauds » dans lequel vous évoluez. « Tu vires des précaires alors que ton boss est sur le point de rafler le pactole ? Et cette pauvre petite nana que tu as sautée – et qui doit être folle de toi, tu y a pensé ? »

Tandis qu’elle vidait son bureau, hier, Sarah n’a pas eu un regard pour vous. En toute discrétion, elle a profité de la pause déjeuner pour faire son carton – une délicatesse qui vous a renvoyé à votre propre goujaterie. Heureusement, Ella n’a pas pris autant de gants. Après avoir tapé un scandale à la direction, elle a surgi sur votre open space, braillant des insultes d’un genre peu imaginatif (essentiellement à suffixe en –ard), avant de décliner sur son mur FB un truc à propos de votre supposé impuissance.

Vous devriez vous réjouir. Vous devriez vous féliciter. Le plus dur est passé. La voie du succès s’ouvre à vous, et vous vous répétez que, nécessairement, le bulldozer de la modernité écrase la mignonne petite fourmi. Vous vous répétez le mantra que vous vous êtes choisi, hier, après Sarah, après Ella : C’est dans l’ordre des choses – même les cartoons le disent.

Nanar, recommande un café, donne sa carte à la serveuse en lui promettant une soirée inoubliable. Réactualise son statut Facebook (« Plus balaise que Johnny Depp et Charlie Hunnam »). Fanfaronne qu’il a un truc à vous dire « Top sicrette ». Parle fort de la « logique » de ce qui vous arrive, de toutes ces filles qui ne vont même pas attendre un de vos claquements de doigts pour ramper dans votre lit. Vous appelle le « DSK » de la com.

Vous dites oui, oui. Vous ne dites rien. Derrière vos lunettes John Richmond, vous envisagez que tout ceci puisse ne pas avoir de sens. Sur votre TL résonnent les mots « complot », « piège », « fellation », « traumatisme extraordinaire ». Vous regardez les volants de la jupe de Julie, les envisagez comme un piège. Tombant sur le sol d’une cabine de toilette, affichés sur votre mur FB. Sur le coude de Julie, une toile d’araignée, encrée. Des chauves-souris sur son avant-bras. Un Batman stylisé à la Miller sous la bretelle de son débardeur.

Votre cerveau, c’est Fukushima. Votre cerveau, c’est votre propre piège. Mais une mécanique s’est mise en branle à votre insu. Batman, super-héros… Vous tapotez discrètement « green scar », sur le moteur de recherche de votre iPad. Pour confirmation – vous savez désormais. Vous demandez à Nanar : « Tu l’as fini, ton tatouage ? » Il déboutonne aussitôt sa chemise, exhibe son épaule, un coup d’œil mi-craintif mi-harpon vers Julie. Qui glousse « Oh ! The Green Scar ! » Merci Julie.

Silence. Un fossé qu’aucun de vous deux ne semblent vouloir franchir. Nanar se remballe, concentration maximale sur les boutons de sa chemise. Le soleil est le même que celui des duels de Sergio Leone. Pour un peu vous entendriez l’harmonica. Nanar, enfin : « Au moins les choses sont claires. » Vous : « Au moins, oui. » Nanar : « C’était juste une blague, ça a un peu dérapé. » Vous songez à Sarah, à Ella. Vous devriez profiter de votre position, défendre leurs noms, ne serait-ce que pour la forme. Nanar : « Désolé si ça a pu te froisser mais sérieux, c’était drôle, non ? »

Vous qui ne vous êtes jamais battu depuis le 31 décembre 2000 (et encore, vous étiez vraiment trop bourré pour vous en souvenir), vous pourriez mettre votre poing dans sa tronche. Nanar : « Ouais, ce que je voulais te dire : je passe red chef du rédactionnel, on va plus se quitter, toi et moi. » Un tweet, un autre. « Top sicrette, hein ? » Checke son FB. « On se fait une virée ce soir, juste toi et moi. Enfin, avec des filles… »

Vous fermez votre iPad, cherchez votre monnaie. Nanar se lève, balance un billet de 20 sur le plateau de Julie. Vous envisagez que tout ceci puisse ne pas avoir de sens. Mais la logique qui vous lie à ce monde – le vôtre est là, dans votre main, dans votre sac. FB, Twitter, et même SMS, mails… Dans les tuyaux résonne la plainte 2.0 de votre couardise. Pourtant, pensez-vous en nettoyant mécaniquement l’écran de votre iPhone, tout dans le monde réel, dit votre succès à venir. Pourtant, le reflet que renvoie votre mobile assure que vous êtes l’homme de la situation. Vous avez une pensée pour DSK, pour ces dérapages qui vous unissent. Vous vous sentez à la limite du super-héros.

 

Retrouvez tous les maraboudficelles de Miss Gloss.

Retrouvez aussi Miss Gloss sur son blog, et vous pouvez aussi suivre le travail de Yann Valeani, le dessinateur.


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