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jeudi 17 janvier 2008 18:16

  • internet

Ceux qui disent non... à Wikipédia

par Astrid Girardeau

tags : éducation , wikipedia , Google , polémique

CC Ecrans

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« Wikipédia est un “projet” encyclopédique et un bien commun de l’humanité »

Olivier Ertzscheid analyse le phénomène Wikipédia, le savoir sur Internet et son utilisation dans l’enseignement.

Il y a deux mois, la bibliothécaire d’une école du New Jersey plaçait dans la salle d’ordinateurs des panneaux « Just Say No to Wikipedia » (Dites Juste Non à Wikipédia), reprenant le slogan utilisé lors de la campagne anti-drogue lancé par Nancy Reagan dans les années 80. Le mouvement a été suivi par d’autres établissements, qui à leur tour, ont décidé de bloquer l’accès à l’encyclopédie en ligne depuis leurs ordinateurs. Ces derniers jours, Tara Brabazon, professeur à l’université de Brighton a relancé le débat en interdisant à ses étudiants l’utilisation de sites comme Google et Wikipédia.

Cette réaction extrême est basée sur trois critiques récurrentes. La première est que l’encyclopédie n’est pas assez « exacte » et qu’elle ne fait pas « autorité », car elle contient des erreurs et que tout le monde peut y écrire. La seconde, que les élèves l’utilisent comme source primaire. Et la troisième, que Wikipédia est trop facilement accessible et utilisable (et donc recopiable). Ces enseignants et bibliothécaires se plaignent que par paresse et/ou par méconnaissance de ces outils, les élèves et étudiants se contentent de regarder les premiers résultats qu’ils trouvent sur Google — ce que Tara Brabazon appelle l’« Université de Google » et qu’ils recopient ensuite ce qu’ils trouvent dans l’encyclopédie en ligne.

Mais l’interdiction est-elle une réponse efficace ? Techniquement, c’est évident que non, les élèves peuvent toujours y accédez de chez eux ou de partout ailleurs. Ensuite, sur le fond, cela pose plusieurs questions. Tout d’abord de savoir ce qui fait réellement autorité. « Britannica n’est pas considéré comme un source valide dans beaucoup de collèges et lycées » indique Nate Anderson, alors « devrait-on également l’interdire pour le bien des des étudiants ? » Il rappelle également qu’interdire quelque chose aux jeunes ne peut que leur donner encore plus envie de l’utiliser.

Mais le problème vient moins des outils eux-même, que de leur (mauvaise) utilisation. Sur son blog, Denise Gonzalez-Walker, mère de deux enfants, s’indigne : « mon cœur s’est arrêté quand j’ai lu le titre “Des responsables d’école s’unissent pour interdire Wikipédia”. Est-ce que Wikipédia est l’ultime source de toute information ? Non. Mais c’est dommage que ces enseignants et bibliothécaires ne profitent pas de la situation — des informations inexactes sur Wikipédia — pour faire corriger Wikipédia par leurs étudiants à partir de leurs propres recherches, ou pour se livrer à des discussions sur l’autorité et la vérité dans les nouveaux médias. »

Plus généralement, est-ce que l’apprentissage, dans les écoles, à la lecture (réflexion, critique, etc.) d’Internet est la solution ? « Naturellement, répond Olivier Ertzscheid. Mais il serait illusoire de croire qu’il est possible de programmer un parcours d’apprentissage qui aille de la maternelle à l’université, de manière linéaire, cumulative. La temporalité des programmes d’enseignement n’a rien a voir avec la temporalité des changements qui affectent ces outils numériques. » Tara Brabazon n’est pas contre un apprentissage, mais avant l’université : « Je ne pense pas que les étudiants viennent à l’université pour apprendre à utiliser Google ».

Diaboliser et interdire des sites Internet sous prétexte que « les étudiants n’utilisent pas assez leurs propres cerveaux » et les contenus académiques, on a vu plus constructif et efficace. « Quand on observe l’ergonomie ou la disponibilité des outils d’information « académiques » accessibles à l’université pour les étudiants, fait remarquer Ertzcheid, on comprend hélas très facilement pourquoi ils préfèrent utiliser Wikipédia ou Google. S’en désoler ne servira à rien. »


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