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samedi 25 avril 2009 15:48

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Aux frontières du télé-réel

France 2 teste les limites d’un genre qui reste l’apanage des chaînes privées.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : télé-réalité

Amandine Tonelli, au centre, une des scientifiques, avec le candidat questionneur, à la sortie du plateau de la Zone Xtreme. Photo Laurent Troude

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Exclusif : « Libération » a suivi le tournage d’un documentaire de France 2 qui met en scène un « jeu » où le candidat croit infliger des chocs électriques au perdant. Le but : dénoncer la télé-réalité.

Stanley Milgram, le test de la banalité du mal

Menée de 1960 à 1963, l’expérience eut un retentissement exceptionnel.

La télé-réalité, voilà le grand Satan de Christophe Nick. « C’est du délire, plaide-t-il, sincère, je suis effaré. » D’abord, il y a eu Loft Story, scandale, cris d’orfraie et jérémiades. C’était en 2001. Puis il y a eu, de TF1 à M6, Koh-Lanta, Popstars, Star Academy, Nouvelle Star, Supernanny, On a échangé nos mamans… et on n’a plus trop su ce qu’était la télé-réalité, sinon qu’elle avait imprégné tous les genres. Et puis il y a eu l’affaire Popstars. En 2001, le Centre national de la cinématographie (CNC) classe Popstars comme « documentaire de création », lui permettant d’être considérée comme une oeuvre et donc de recevoir le soutien financier de l’Etat.

La décision est attaquée et, en 2003, le tribunal décide d’exclure Popstars des œuvres audiovisuelles et livre, ce faisant, la définition de la télé-réalité : « Le contenu de l’émission ne lui préexiste pas et a été créé pour ses propres besoins de production et de diffusion. » En clair, Popstars n’est pas un documentaire mais de la télé-réalité, parce que ce qui est filmé a été créé pour l’émission. Et c’est exactement ce que fait Nick : il crée une situation inédite – l’expérience de Milgram adaptée en faux jeu télé– pour les besoins de sa démonstration.

Christophe Nick sait d’ailleurs la limite de son exercice : « C’est la grande question : peut-on critiquer la télé à la télé ? » Avec ce corollaire qui le hante : « Est-ce qu’il faut faire ce film ou pas ? » Lui a choisi de le faire : « Il y a urgence. » De ferrailler avec la télé en utilisant ses propres armes, quitte à flirter avec la ligne jaune. Mais Christophe Nick est persuadé d’être du bon côté : « Le déclencheur de ce projet, c’est Nicolas de Tavernost, patron de M6, qui a dit qu’entre la télé commerciale et la télé publique, la seule différence, c’est la messe : c’est scandaleux ! On est aujourd’hui entré dans une guerre frontale avec les chaînes privées. » A France 2, Patricia Boutinard-Rouelle, directrice des magazines et documentaires ne dit pas autre chose : « Nous avons toujours refusé la télé-réalité, mais là, c’est intéressant de tester les limites d’un genre, de jouer avec cet outil. »

Voilà donc le service public électrocutant les télés privées et décillant le téléspectateur pour lui faire entendre raison. La bonne télé contre la mauvaise télé. Sauf que cette téléréalité qui « effare » Nick n’est qu’un reflet. Elle fait des affaires, la télé privée. Elle surfe. Quand Endemol annonce un nouveau jeu, Someone’s Gotta Go (« Il faut bien que quelqu’un parte »), dans lequel les employés d’une boîte au bord de la faillite décident qui doit être viré, ce n’est pas le cynique Endemol qui a inventé les plans sociaux. Endemol profite.

Alors, bonne télé ? Mauvaise télé ? Comme le confiait en 2001 Claude Chabrol à Libération : « A la télé, tout est bien. Il suffit de se mettre à la bonne distance. […] Bien sûr, il y a des choses tellement immondes qu’il faut se mettre très loin, mais c’est passionnant. […] Il faut simplement régler son viseur. »

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